Près de quarante ans après l’abandon de ses centrales, l’Italie prépare son retour dans le nucléaire civil. Le gouvernement de Giorgia Meloni veut bâtir un cadre juridique capable de remettre l’atome dans le mix électrique national, selon les éléments rapportés par Transitions & Energies. Le dossier touche directement à la souveraineté énergétique, aux prix de l’électricité et à la dépendance du pays envers le gaz importé.
Giorgia Meloni prépare une loi pour relancer l’atome italien
Le gouvernement italien avance sur un texte destiné à réintroduire l’énergie nucléaire dans la stratégie nationale. L’objectif n’est pas seulement technique. Pour Rome, il s’agit de corriger une fragilité ancienne, née de l’arrêt progressif des réacteurs après le référendum organisé à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Depuis, l’Italie consomme de l’électricité issue du nucléaire étranger, tout en refusant d’en produire sur son propre sol.
La ligne défendue par Giorgia Meloni repose sur une idée centrale, le pays ne peut pas durablement dépendre de décisions industrielles prises hors de ses frontières. Cette dépendance s’est renforcée avec la volatilité des prix du gaz en Europe. L’exécutif présente donc le nucléaire comme un outil de souveraineté, mais aussi comme un moyen de stabiliser les coûts de production électrique pour les entreprises fortement consommatrices d’énergie.
Le futur cadre législatif doit fixer les compétences des administrations, les règles de sûreté, les procédures d’autorisation et les conditions d’implantation. Rome ne parle pas encore d’un chantier précis ni d’un site retenu. Le texte vise d’abord à recréer une base juridique, indispensable après plusieurs décennies sans filière nationale active. Cette étape conditionne les choix industriels qui suivront, notamment le type de réacteur et le montage financier.
La démarche reste politiquement sensible. Le souvenir des référendums antinucléaires demeure fort dans l’opinion publique italienne. Le gouvernement mise sur un changement de contexte, marqué par la crise énergétique, les objectifs climatiques européens et la recherche d’une électricité bas carbone pilotable. Les promoteurs du projet insistent sur la complémentarité avec les renouvelables, quand les opposants rappellent les délais, les coûts et la question non résolue des déchets.

L’Italie paie sa dépendance au gaz et aux importations électriques
L’Italie dispose d’un système électrique fortement exposé au gaz naturel. Cette réalité pèse sur les ménages, mais surtout sur l’industrie, des aciéries aux fabricants de céramique, secteurs où l’énergie représente une part décisive des coûts. Lorsque les cours du gaz montent, les prix de gros de l’électricité italienne progressent plus rapidement que dans les pays disposant d’un parc nucléaire ou hydraulique important.
Cette dépendance se double d’un paradoxe politique. L’Italie a fermé ses centrales, mais elle importe régulièrement de l’électricité produite à partir de l’atome, notamment depuis la France et la Suisse. Les opposants au statu quo y voient une incohérence, car le risque industriel est externalisé tandis que le consommateur italien paie une partie de la facture. Le débat sur la souveraineté énergétique s’appuie largement sur cette contradiction.
Les énergies renouvelables progressent, en particulier le solaire, favorisé par l’ensoleillement du pays. Mais leur production reste variable et dépend des conditions météorologiques. Les gestionnaires de réseau doivent garantir l’équilibre en temps réel, avec des centrales pilotables ou des capacités de stockage. Dans ce paysage, le nucléaire est présenté par ses partisans comme une source capable de produire en continu, sans émissions directes de CO2.
La comparaison européenne alimente la réflexion de Rome. La France défend son parc atomique comme un socle de production bas carbone, tandis que l’Allemagne assume une sortie complète du nucléaire avec un recours accru aux renouvelables et aux centrales thermiques d’appoint. L’Italie cherche une voie intermédiaire. Le pays veut réduire son exposition au gaz sans renoncer à la montée en puissance du solaire, de l’éolien et des interconnexions européennes.

SMR et EPR divisent les choix industriels de Rome
Le débat italien ne porte pas seulement sur le principe du retour au nucléaire. Il concerne aussi la technologie à retenir. Les SMR, petits réacteurs modulaires, occupent une place centrale dans les discours officiels, car ils promettent des unités plus compactes, une construction standardisée et une intégration possible près de zones industrielles. Leur maturité commerciale reste néanmoins limitée, avec peu de références en exploitation à grande échelle.
Les grands réacteurs de type EPR offrent une puissance plus élevée et une technologie déjà engagée dans plusieurs pays européens. Leur avantage tient à leur capacité de production massive. Leur faiblesse tient aux coûts initiaux, aux délais de chantier et aux contentieux qui accompagnent souvent les grands projets d’infrastructure. Pour un pays qui ne possède plus de filière nucléaire opérationnelle, ce choix impliquerait de reconstruire des compétences lourdes.
Rome doit aussi arbitrer entre partenariat étranger et relance industrielle nationale. Les groupes italiens disposent de savoir-faire dans l’ingénierie, les composants, les réseaux et les services énergétiques. Ils pourraient jouer un rôle dans une filière européenne, mais le cœur technologique viendrait probablement d’acteurs déjà établis. La France, les États-Unis, le Canada ou le Royaume-Uni observent ce marché potentiel, chacun défendant ses solutions et ses standards de sûreté.
Le financement représentera un autre filtre décisif. Un programme nucléaire exige des garanties publiques, des contrats de long terme ou un mécanisme de rémunération stable. Les investisseurs demandent de la visibilité sur plusieurs décennies. Dans un pays marqué par des alternances politiques fréquentes et par un rejet populaire ancien du nucléaire, la stabilité réglementaire devient presque aussi importante que la technologie. Sans consensus minimal, le risque financier augmente rapidement.
Les référendums de 1987 et 2011 pèsent sur Rome
L’histoire nucléaire italienne reste dominée par deux séquences. Après 1987, l’Italie a progressivement fermé ses installations et tourné la page de la production atomique nationale. En 2011, après Fukushima, un nouveau référendum a confirmé le refus d’un retour rapide. Ces votes ont créé un verrou politique durable, même si le contexte énergétique européen a profondément évolué depuis la crise des prix et les tensions géopolitiques récentes.
Pour le gouvernement, la difficulté consiste à rouvrir le dossier sans donner l’impression d’ignorer ces consultations populaires. Les juristes devront préciser si une loi ordinaire suffit à relancer le processus ou si une nouvelle consultation devient politiquement nécessaire. Les régions auront aussi leur mot à dire, car l’implantation d’un site nucléaire, d’un centre de stockage ou d’une infrastructure associée suscitera des résistances locales.
La question des déchets reste l’un des angles les plus sensibles. L’Italie doit déjà gérer les résidus de son ancien programme et les matières liées au démantèlement des anciennes centrales. Tout nouveau projet obligerait à clarifier la localisation d’installations de stockage, les responsabilités financières et le calendrier de gestion sur le long terme. Les associations environnementales utiliseront ce point comme argument central contre la relance.
Le calendrier réel s’annonce donc long. Même avec une loi adoptée rapidement, les études, les autorisations, les consultations publiques, le choix des partenaires et le financement prendront plusieurs années. Le nucléaire italien entre dans une phase de reconstruction institutionnelle avant toute production d’électricité. D’ici là, Rome continuera de renforcer ses renouvelables, ses réseaux et ses importations, tout en testant la solidité politique d’un retour longtemps considéré comme impossible.
Questions fréquentes
- Pourquoi l’Italie veut-elle revenir au nucléaire ?
- Le gouvernement italien met en avant la souveraineté énergétique, la réduction de la dépendance au gaz importé et la recherche d’une production électrique bas carbone disponible en continu.
- L’Italie possède-t-elle encore des centrales nucléaires en service ?
- Non. Le pays a fermé ses installations après le choix politique engagé à la fin des années 1980. Il importe néanmoins de l’électricité produite par le nucléaire dans des pays voisins.
- Quels réacteurs sont étudiés par Rome ?
- Le débat porte notamment sur les petits réacteurs modulaires, appelés SMR, et sur de grands réacteurs de puissance. Le choix dépendra des coûts, des délais, de la sûreté et des partenariats industriels.
- Une nouvelle centrale peut-elle produire rapidement en Italie ?
- Non. Même avec une loi adoptée rapidement, les études, les autorisations, les consultations locales, le financement et la construction nécessitent un calendrier long.
À retenir
- L’Italie prépare un cadre légal pour réintroduire le nucléaire civil.
- La dépendance au gaz renforce l’argument de souveraineté énergétique.
- Rome hésite entre petits réacteurs modulaires et grands réacteurs.
- Les référendums passés et la question des déchets restent déterminants.
Sources
- A son tour, l'Italie ambitionne de revenir à l'énergie nucléaire
- Près de quarante ans après l'abandon du nucléaire, l'Italie …
- Relance de l'énergie nucléaire en Italie : cadre législatif …
- BFM Business on Instagram: "40 ans après avoir tout arrêté, l …
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