L’installation nucléaire Pégase, située sur le site du CEA à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, va pouvoir entrer dans une nouvelle phase de son histoire industrielle. Selon Le Figaro, le démantèlement de cette installation est désormais possible après le feu vert attendu pour engager les opérations. Le dossier concerne un site sensible, lié à la recherche nucléaire française, où la priorité portera sur la sûreté, la radioprotection, la gestion des déchets et l’information du territoire.
Le CEA obtient le feu vert pour Pégase à Cadarache
Le démantèlement de Pégase marque une étape importante pour le CEA, exploitant du centre nucléaire de Cadarache. Cette décision permet de passer d’une logique de surveillance prolongée à une phase opérationnelle, avec des interventions planifiées dans une installation nucléaire de base. Dans ce secteur, une autorisation de démantèlement ne correspond pas à une simple opération de déconstruction. Elle fixe un cadre technique, réglementaire et environnemental, avec des exigences précises pour chaque étape du chantier.
Le site de Cadarache occupe une place centrale dans la recherche nucléaire française. Il regroupe plusieurs installations, certaines en activité, d’autres arrêtées ou engagées dans des processus de transformation. Pégase appartient à cette seconde catégorie. Son traitement représente un dossier complexe, car les bâtiments, les équipements et les zones contrôlées doivent être caractérisés avant toute intervention lourde. Les équipes devront établir l’état radiologique des locaux, identifier les matériels à déposer, puis organiser les filières de conditionnement.
Le démantèlement suivra une progression par séquences. Les premières opérations portent généralement sur la préparation du chantier, la mise en place des sas, le renforcement des dispositifs de ventilation, la cartographie radiologique et la qualification des outillages. Viennent ensuite les travaux de dépose, de découpe, d’assainissement et d’évacuation des déchets vers des filières adaptées. Chaque opération doit être documentée, tracée et soumise à un contrôle interne, puis aux vérifications de l’autorité compétente.
Pour le CEA, l’enjeu dépasse le seul périmètre de Pégase. Le centre de Cadarache concentre une partie des savoir-faire français en matière d’exploitation, de maintenance et de fin de vie des installations nucléaires. Le chantier servira aussi à maintenir des compétences rares, notamment dans la radioprotection, la mécanique en zone contrôlée, la mesure nucléaire et la logistique des déchets. Le calendrier précis dépendra des prescriptions techniques et des résultats obtenus lors des premières investigations de terrain.

Pégase concentre des enjeux de radioprotection à Cadarache
Le dossier Pégase illustre la différence entre la fermeture administrative d’une installation et son assainissement physique. Une installation nucléaire arrêtée reste soumise à des contraintes fortes tant que des équipements contaminés, des structures activées ou des déchets anciens sont présents. La radioprotection des travailleurs constitue donc le premier axe du chantier. Les interventions devront limiter les expositions, réduire le temps passé en zone sensible et recourir, chaque fois que nécessaire, à des outils téléopérés ou à des protections temporaires.
La phase préparatoire repose sur la connaissance détaillée de l’installation. Les équipes réaliseront des mesures, des prélèvements et des inspections afin de distinguer les zones sans enjeu radiologique notable, les zones contaminées et les éléments nécessitant une prise en charge particulière. Cette caractérisation conditionne le choix des méthodes de découpe, des protections individuelles, des emballages et des circuits d’évacuation. Dans un chantier nucléaire, une mauvaise estimation initiale peut entraîner des reprises coûteuses et retarder les opérations.
La gestion des déchets radioactifs représente l’autre volet majeur. Les matériaux issus du chantier ne suivent pas tous la même filière. Certains relèveront de déchets conventionnels après contrôle, d’autres devront être conditionnés selon leur niveau d’activité, leur nature physico-chimique et leur durée de vie radiologique. Cette organisation mobilise des emballages homologués, des zones tampons et des transports encadrés. Le but consiste à éviter les mélanges, à garantir la traçabilité et à orienter chaque colis vers l’exutoire approprié.
La présence de matières irradiées ou de composants ayant séjourné en environnement nucléaire impose une vigilance renforcée. Les opérations de reprise et de conditionnement sont souvent les plus délicates, car elles associent manutention, découpe, contrôle radiologique et documentation réglementaire. Les intervenants devront aussi gérer les risques industriels classiques, comme l’électricité, le levage, l’amiante éventuelle, les produits chimiques ou le travail en espaces confinés. La sûreté du chantier dépendra de cette approche globale, où le risque radiologique n’efface pas les autres dangers professionnels.

L’ASNR encadrera les opérations sensibles du chantier Pégase
Le démantèlement de Pégase sera placé sous le contrôle de l’ASNR, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. Cette autorité examine les dispositions proposées par l’exploitant, fixe des prescriptions et peut mener des inspections sur site. Son rôle ne se limite pas à valider un dossier initial. Elle suit l’avancement, vérifie le respect des engagements et peut demander des adaptations si les conditions réelles du chantier s’écartent des hypothèses retenues lors de l’instruction.
Les opérations les plus sensibles feront l’objet d’une attention particulière. Les phases de découpe d’équipements contaminés, d’ouverture de volumes fermés, de transfert de déchets et d’assainissement de surfaces exigent des procédures détaillées. Les équipes devront démontrer la maîtrise du confinement, de la ventilation, de la filtration et de la surveillance radiologique. Le recours à des balises, à des contrôles atmosphériques et à des mesures en sortie de zone contribuera à limiter la dispersion de contamination.
La sûreté nucléaire repose aussi sur la qualité de l’organisation humaine. Les entreprises intervenantes devront disposer d’habilitations, de formations adaptées et d’une expérience suffisante en environnement contrôlé. Les sous-traitants occuperont probablement une place importante, comme sur la plupart des grands chantiers de démantèlement. Cette multiplicité d’acteurs rend indispensable une coordination stricte, avec des règles partagées, des briefings réguliers et une remontée rapide des écarts détectés sur le terrain.
La transparence locale constituera un autre point de suivi. Autour de Cadarache, les élus, les associations et les riverains disposent de canaux d’information consacrés aux activités nucléaires. Les étapes importantes du chantier, les incidents éventuels, les bilans de surveillance environnementale et les volumes de déchets évacués devront être présentés de manière compréhensible. Pour un site comme Pégase, la confiance dépend autant de la rigueur technique que de la capacité à expliquer les opérations sans minimiser les contraintes.
Le démantèlement s’inscrit dans le programme français du CEA
Le chantier Pégase s’ajoute à un programme plus large mené par le CEA sur ses installations anciennes. La fin de vie nucléaire constitue un secteur industriel à part entière, avec ses méthodes, ses métiers et ses arbitrages budgétaires. La France dispose d’un parc d’installations de recherche, d’atelier et d’entreposage dont certaines doivent être assainies après leur arrêt. Cette réalité oblige les exploitants à planifier sur plusieurs années, parfois sur plusieurs décennies, car les opérations avancent au rythme des autorisations, des études et des filières disponibles.
Le volet économique sera suivi de près. Un chantier de démantèlement mobilise des ingénieurs, des radioprotectionnistes, des logisticiens, des chaudronniers, des spécialistes de mesure et des entreprises de travaux en milieu contraint. À Cadarache, ces compétences existent déjà en partie, grâce à la concentration d’activités nucléaires sur le site. Le démantèlement peut donc soutenir un tissu technique local, mais il exige aussi une maîtrise des coûts. Les opérations de reprise de déchets anciens sont réputées difficiles à estimer, car les surprises apparaissent parfois une fois les équipements ouverts.
La question des filières de déchets pèsera sur le déroulement du chantier. Le conditionnement, l’entreposage temporaire, le transport et l’acceptation par les centres spécialisés doivent être synchronisés. Si une filière n’est pas disponible au bon moment, certaines opérations peuvent être réorganisées ou différées. Cette contrainte explique pourquoi les grands chantiers nucléaires avancent rarement comme des démolitions industrielles classiques. La documentation de chaque colis, les contrôles successifs et les exigences d’acceptation rallongent les délais, mais sécurisent la gestion à long terme.
Pour les pouvoirs publics, Pégase représente aussi un signal sur la capacité française à traiter l’héritage de ses installations de recherche. Le programme de démantèlement ne concerne pas seulement les réacteurs de puissance exploités par EDF. Il touche des équipements expérimentaux, des laboratoires, des ateliers et des zones d’entreposage qui ont accompagné le développement de la filière nucléaire. À Cadarache, les prochaines étapes donneront une indication concrète sur la manière dont l’État, le CEA, l’ASNR et les industriels organisent cette phase longue, technique et très surveillée de la politique nucléaire.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que l'installation Pégase à Cadarache ?
- Pégase est une installation nucléaire de base située sur le centre CEA de Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône. Elle fait partie des équipements historiques du site et doit désormais entrer dans une phase de démantèlement encadrée.
- Le démantèlement de Pégase présente-t-il un risque pour les riverains ?
- Le chantier sera soumis à des règles strictes de sûreté et de radioprotection. Les opérations sensibles devront être confinées, surveillées et contrôlées. Les mesures environnementales et les inspections réglementaires visent à limiter les impacts hors du site.
- Qui contrôle les opérations de démantèlement ?
- L’ASNR, Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, encadre le chantier. Elle examine les dispositions techniques, fixe des prescriptions et peut mener des inspections pendant les différentes phases du démantèlement.
- Que deviendront les déchets issus du chantier Pégase ?
- Les déchets seront triés, contrôlés et conditionnés selon leur nature et leur niveau d’activité. Les colis radioactifs devront rejoindre des filières spécialisées, avec une traçabilité documentaire complète depuis leur production jusqu’à leur prise en charge.
À retenir
- Pégase, installation nucléaire du CEA à Cadarache, va pouvoir être démantelée.
- Le chantier exigera une caractérisation radiologique détaillée avant les travaux lourds.
- L’ASNR encadrera les opérations sensibles et pourra contrôler le site.
- La gestion des déchets radioactifs pèsera sur le calendrier opérationnel.
- Le dossier s’inscrit dans le programme français de démantèlement nucléaire.
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