La Chine franchit un seuil symbolique dans sa transition énergétique. Selon les données relayées par Vietnam.vn et par l’Administration nationale de l’énergie, la puissance installée du solaire et de l’éolien dépasse désormais celle des installations thermiques, largement dominées par le charbon. Cette bascule porte sur la capacité raccordée au réseau, pas encore sur la production réelle d’électricité.
Pékin annonce 1,84 milliard de kilowatts renouvelables
L’Administration nationale de l’énergie chinoise indique que la capacité cumulée raccordée au réseau pour l’éolien et le solaire a atteint 1,84 milliard de kilowatts en 2025. Ce volume représente 47,3 % de la capacité installée totale du pays. Pour Pékin, ce franchissement confirme l’accélération industrielle engagée depuis plus d’une décennie dans le photovoltaïque, l’éolien terrestre et les grandes bases énergétiques construites dans les provinces du nord et de l’ouest.
L’information selon laquelle le solaire dépasse le charbon doit être lue avec précision. Les chiffres publics disponibles portent principalement sur l’ensemble éolien et solaire, comparé aux capacités thermiques, dont les centrales au charbon forment le socle principal. La capacité thermique était estimée à 1,451 milliard de kilowatts à la fin du premier trimestre 2025, quand l’éolien et le solaire atteignaient déjà 1,482 milliard de kilowatts. Le cap a donc été franchi avant de s’élargir encore sur l’année.
Cette avance en capacité installée traduit une mobilisation financière et industrielle considérable. La Chine domine la fabrication mondiale de panneaux photovoltaïques, d’onduleurs et de composants liés aux chaînes solaires. Cette position lui permet de déployer des volumes à grande échelle, avec des coûts unitaires souvent inférieurs à ceux observés en Europe ou en Amérique du Nord. Les parcs solaires géants du Xinjiang, du Qinghai ou de Mongolie intérieure illustrent cette stratégie fondée sur de vastes surfaces disponibles et des raccordements longue distance.
Le basculement reste malgré tout statistique avant d’être énergétique. Une centrale au charbon peut fonctionner de nombreuses heures par an, alors qu’un parc solaire dépend de l’ensoleillement et de la disponibilité du réseau. La capacité installée mesure la puissance théorique maximale, non la production effective. C’est pourquoi cette étape compte politiquement et industriellement, tout en nécessitant une lecture prudente sur la place réelle du charbon dans l’économie chinoise.

Le charbon fournit encore près de 60 % de l’énergie
Malgré la progression spectaculaire des renouvelables, le charbon reste au centre du système énergétique chinois. Près de 60 % de la consommation énergétique du pays provient encore de cette ressource, selon les données citées par plusieurs sources spécialisées. Cette dépendance s’explique par le poids de l’industrie lourde, de la sidérurgie, du ciment, de la chimie et par la croissance continue de la demande électrique dans les grandes régions urbaines.
La différence entre capacité installée et production réelle apparaît nettement dans les statistiques. En 2025, l’éolien et le solaire auraient représenté environ 22 % de la production totale d’électricité, un niveau important mais encore très inférieur au poids des capacités raccordées. Les centrales thermiques conservent un rôle d’équilibrage, en particulier lors des pics hivernaux, des vagues de chaleur estivales ou des périodes de faible vent. Elles assurent une production pilotable, disponible à la demande.
La sécurité d’approvisionnement demeure une priorité politique pour Pékin. Les coupures d’électricité observées dans certaines provinces au cours des dernières années ont marqué les autorités locales et les groupes industriels. Dans ce contexte, de nouvelles capacités au charbon ont encore été lancées ou approuvées, avec des estimations proches de 95 à 100 gigawatts pour 2024 selon les jeux de données cités par des organismes spécialisés. Les autorités présentent ces projets comme des outils de stabilité du réseau, non comme un abandon des objectifs climatiques.
Cette coexistence entre expansion renouvelable et maintien du thermique nourrit une lecture contrastée de la transition chinoise. Le pays est le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, mais aussi le premier investisseur dans les énergies bas carbone. Xi Jinping a confirmé que la Chine visait toujours un pic d’émissions avant 2030 et la neutralité carbone en 2060. Le calendrier dépendra surtout de la capacité à remplacer l’usage effectif du charbon, pas seulement à dépasser ses installations sur le papier.

430 millions de kilowatts ajoutés en Chine en 2025
La dynamique récente donne la mesure du changement d’échelle. En 2025, la capacité nouvellement installée de l’énergie solaire et éolienne a dépassé 430 millions de kilowatts, en hausse de 22 % sur un an selon l’Administration nationale de l’énergie. Ce volume équivaut à plusieurs centaines de réacteurs nucléaires en puissance nominale, même si les facteurs de charge diffèrent fortement selon les technologies. Peu de pays disposent d’une chaîne industrielle capable d’absorber un tel rythme.
La progression s’inscrit dans une séquence déjà record. En 2024, la Chine avait ajouté environ 357 gigawatts d’éolien et de solaire à son réseau, soit un volume bien supérieur à celui des États-Unis sur la même période. Les grands développeurs publics, les provinces et les fabricants d’équipements ont accéléré les mises en service avant plusieurs ajustements réglementaires. Le solaire distribué, installé sur les toits d’usines, d’entrepôts et de bâtiments publics, a aussi contribué à cette hausse.
Le solaire occupe une place centrale dans ce mouvement. La baisse rapide du coût des modules a rendu de nombreux projets compétitifs, même avec une rémunération moins favorable qu’auparavant. Des provinces industrielles comme le Shandong, le Jiangsu ou le Zhejiang ont multiplié les raccordements sur bâtiments, tandis que l’ouest du pays accueille des bases de très grande taille. L’éolien complète ce portefeuille, notamment dans les régions venteuses du nord et sur les côtes, où les projets marins progressent.
Cette croissance crée aussi des tensions économiques. La surcapacité de production dans la filière photovoltaïque pèse sur les marges des fabricants, avec des prix en baisse et des restructurations possibles. Les gestionnaires de réseau doivent, eux, intégrer des volumes variables à une vitesse inédite. Dans certaines zones, l’électricité renouvelable disponible ne peut pas toujours être consommée localement ou transportée assez vite. Le défi se déplace donc des installations vers l’intégration, la flexibilité et la planification régionale.
L’ANE place le stockage au premier rang en 2026
Pour 2026, l’Administration nationale de l’énergie met l’accent sur le stockage d’énergie et la construction d’un nouveau système électrique. Liu Deshun, ingénieur en chef de l’ANE, a indiqué que le développement du stockage serait encouragé afin d’accueillir une part plus élevée d’énergies nouvelles. Cette orientation répond directement à l’intermittence du solaire et de l’éolien, mais aussi aux écarts entre les zones de production et les grands bassins de consommation.
Le stockage prend plusieurs formes. Les batteries lithium-ion se développent près des parcs solaires, dans les zones industrielles et autour des postes de transformation. Les stations de pompage-turbinage restent aussi essentielles pour stocker de grandes quantités d’électricité sur plusieurs heures. Pékin investit de plus dans les lignes à très haute tension, capables d’acheminer l’électricité produite dans l’ouest vers les métropoles de l’est. Ces infrastructures conditionnent la valeur réelle des nouvelles capacités installées.
Une directive publiée en novembre 2025 par la Commission nationale du développement et de la réforme fixe un horizon à 2035 pour bâtir un système électrique capable d’absorber une part importante d’énergies nouvelles. L’objectif ne porte pas seulement sur la construction de parcs. Il concerne aussi la prévision météo, les marchés de flexibilité, la tarification horaire, la gestion de la demande et le rôle des véhicules électriques connectés au réseau. Ces leviers peuvent réduire le recours aux centrales fossiles lors des pointes.
La Chine dispose d’un avantage industriel dans les batteries, les panneaux solaires et les équipements de réseau, mais la transformation opérationnelle reste lourde. Les provinces défendent leurs propres priorités, les producteurs au charbon conservent un poids économique local et la demande d’électricité continue d’augmenter avec les centres de données, les véhicules électriques et l’électrification industrielle. La prochaine étape se mesurera donc dans les térawattheures produits et consommés, davantage que dans les seuls records de puissance raccordée.
Questions fréquentes
- Le solaire produit-il déjà plus d'électricité que le charbon en Chine ?
- Non. Les données disponibles concernent surtout la capacité installée, c’est-à-dire la puissance maximale théorique raccordée au réseau. Le charbon conserve une place dominante dans la production réelle et dans la consommation énergétique chinoise.
- Pourquoi la Chine construit-elle encore des centrales au charbon ?
- Les autorités invoquent la sécurité d’approvisionnement et la stabilité du réseau. Les centrales thermiques peuvent produire à la demande, ce qui reste utile lors des pics de consommation ou des périodes de faible production solaire et éolienne.
- Quel rôle joue le stockage d'énergie en 2026 ?
- Le stockage doit permettre d’utiliser davantage d’électricité solaire et éolienne au lieu de la perdre lors des périodes de surproduction. Batteries, pompage-turbinage et lignes à très haute tension font partie des outils privilégiés.
À retenir
- L’éolien et le solaire chinois dépassent désormais le thermique en capacité installée.
- Le charbon fournit encore près de 60 % de la consommation énergétique du pays.
- La Chine a ajouté plus de 430 millions de kilowatts éoliens et solaires en 2025.
- Le stockage d’énergie devient une priorité pour intégrer les renouvelables en 2026.
Sources
- En Chine, la capacité en énergie éolienne et solaire dépasse le thermique
- Les capacités en énergie éolienne et solaire de la Chine dépassent le thermique | Techniques de l'Ingénieur
- La puissance éolienne et solaire installée dépasse désormais celle du charbon en Chine
- Le secteur de l'énergie solaire vers une année record en matière de capacités supplémentaires | Les Echos
- Chine : la capacité nouvellement installée de l'énergie éolienne et solaire en hausse de 22% en 2025
- 2 septembre 2026, 5G, Hydro-Québec finance du solaire chinois banni en Europe, pourquoi Ottawa refuse d’élargir l’interdiction - septembre 2, 2026
- En Chine, le solaire dépasse le charbon en capacité installée, mais le mix reste fossile, ce que Pékin doit affronter - septembre 2, 2026
- 20 à 25 % de grévistes, 28 au 31 août 2026, maintenance retardée, ce que la centrale de Chinon et EDF doivent affronter - septembre 1, 2026




