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Des réacteurs au thorium imprimés en 3D relancent une piste nucléaire du CERN

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Une start-up mise sur des réacteurs au thorium fabriqués en partie par impression 3D pour remettre au premier plan une piste étudiée au CERN. Le projet, rapporté par Clubic, s’inscrit dans le retour d’intérêt pour les réacteurs avancés, alors que les États cherchent des sources d’électricité bas carbone pilotables. La promesse technique reste ambitieuse, car le thorium impose une physique particulière, une chaîne industrielle dédiée et une démonstration de sûreté complète avant tout déploiement.

Le CERN inspire un réacteur au thorium imprimé en 3D

La référence au CERN renvoie aux travaux menés autour des systèmes nucléaires avancés, notamment les concepts de réacteurs sous-critiques alimentés par un flux de neutrons externe. Dans les années 1990, le physicien Carlo Rubbia avait défendu l’idée d’un amplificateur d’énergie utilisant le thorium comme matière fertile. Le principe consistait à produire de l’énergie tout en limitant certains déchets à vie longue, avec un réacteur qui ne peut pas entretenir seul une réaction en chaîne.

La start-up évoquée par Clubic reprend cette inspiration dans un contexte très différent. Les outils de calcul, les matériaux et les méthodes de fabrication ont progressé. L’impression 3D permet désormais de produire des pièces métalliques complexes, avec des canaux internes, des géométries difficiles à usiner et des séries courtes adaptées au prototypage. Cette évolution explique le regain d’intérêt pour des architectures qui paraissaient trop lourdes à industrialiser il y a trente ans.

Le mot réacteur imprimé en 3D mérite une précision. Il ne s’agit pas d’imprimer en une seule pièce une installation nucléaire complète, mais de fabriquer certains composants, modules ou échangeurs avec des procédés additifs. Dans le nucléaire, cette nuance est majeure, car chaque pièce soumise à la température, au rayonnement ou à la corrosion doit être qualifiée selon des exigences strictes.

Le thorium attire les ingénieurs pour son abondance relative et pour son cycle nucléaire spécifique. Il ne remplace pas simplement l’uranium dans un réacteur classique. Il exige une conversion en uranium 233, obtenue sous irradiation neutronique, ce qui impose une conception adaptée et une exploitation finement contrôlée. La start-up cherche donc moins à commercialiser une technologie prête qu’à combiner plusieurs briques techniques dans un démonstrateur crédible.

Le thorium impose une chaîne industrielle encore limitée

Le thorium 232 n’est pas fissile au sens direct du terme. Il devient utile après capture d’un neutron, puis transformation en uranium 233, isotope capable d’alimenter une réaction de fission. Cette caractéristique place le thorium dans la catégorie des matières fertiles. Pour un industriel, cela signifie qu’un réacteur au thorium doit être pensé avec une source initiale de neutrons, une gestion du combustible particulière et une chimie adaptée au retraitement ou au contrôle du sel fondu, selon l’architecture retenue.

Les partisans du thorium soulignent des avantages potentiels. La ressource est présente dans plusieurs pays, souvent en association avec des terres rares. Le cycle peut produire moins de plutonium que certains cycles à l’uranium. Les réacteurs au sel fondu, fréquemment associés à cette technologie, peuvent fonctionner à pression plus basse que les réacteurs à eau pressurisée. Ces éléments nourrissent l’intérêt des laboratoires et des investisseurs spécialisés dans l’énergie bas carbone.

Mais l’industrie nucléaire ne se limite pas à une bonne idée physique. Elle repose sur des mines, des usines de conversion, des fabricants de combustible, des laboratoires d’essais, des exploitants formés et des autorités capables d’évaluer le dossier. La filière uranium dispose de décennies d’expérience, de normes consolidées et d’un parc mondial en service. Le thorium, lui, reste cantonné à des expérimentations, des programmes de recherche et quelques annonces privées.

La Chine poursuit des travaux sur des réacteurs expérimentaux au sel fondu, l’Inde s’intéresse depuis longtemps au thorium en raison de ses ressources nationales, et plusieurs start-up européennes ou nord-américaines le replacent dans leurs feuilles de route. Cette multiplication de projets ne garantit pas l’industrialisation. Elle montre surtout que le cycle du combustible redevient un sujet stratégique, dans un marché où l’électricité pilotable bas carbone prend de la valeur.

L’impression 3D réduit les délais de prototypes nucléaires

L’apport le plus concret de l’impression 3D métallique concerne la vitesse de prototypage. Dans une installation nucléaire avancée, les échangeurs de chaleur, les pompes, les circuits de sel ou certains supports internes demandent des formes complexes. La fabrication additive peut intégrer plusieurs fonctions dans une seule pièce, limiter les soudures et réduire le nombre d’étapes d’assemblage. Pour une start-up, cette souplesse peut raccourcir le temps entre la conception numérique et l’essai en laboratoire.

Ce bénéfice ne supprime pas les contraintes. Une pièce imprimée couche par couche présente une microstructure différente de celle d’une pièce forgée ou usinée. Les ingénieurs doivent caractériser sa résistance mécanique, sa tenue aux cycles thermiques, sa réaction au rayonnement et son comportement face à la corrosion. Dans les réacteurs au sel fondu, les matériaux sont exposés à des milieux chimiques agressifs, parfois à haute température, ce qui rend la qualification encore plus exigeante.

Le secteur nucléaire avance avec prudence sur ces procédés. Des fabricants ont déjà testé des composants imprimés pour des applications non critiques ou des prototypes, mais l’entrée dans le cœur d’un réacteur impose un niveau de preuve beaucoup plus élevé. Les données doivent couvrir la répétabilité des lots de poudre, la stabilité des machines, les traitements thermiques et les contrôles non destructifs. Une innovation de fabrication devient acceptable seulement si elle est mesurable et reproductible.

Le projet cité par Clubic s’inscrit donc dans une logique de laboratoire avant toute promesse commerciale. La fabrication additive peut améliorer l’agilité industrielle, mais elle ne remplace ni les essais sous irradiation ni les campagnes de corrosion longue durée. Les investisseurs regardent souvent les délais de production, les autorités regardent surtout la démonstration de sûreté. Entre ces deux temporalités, la start-up devra prouver que son procédé améliore le réacteur sans créer de fragilité nouvelle.

L’ASNR et l’AIEA encadrent une qualification longue

En France, un projet de réacteur avancé serait examiné par l’ASNR, issue du rapprochement de l’Autorité de sûreté nucléaire et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire. À l’échelle internationale, l’AIEA publie des référentiels et accompagne les États dans l’évaluation des technologies émergentes. Ces cadres ne bloquent pas l’innovation, mais ils imposent une démonstration structurée, depuis le comportement du combustible jusqu’à la gestion des accidents.

Le thorium soulève des questions spécifiques. La production d’uranium 233 implique des opérations radiologiques complexes. Certains sous-produits émettent des rayonnements gamma intenses, ce qui peut renforcer la protection contre les détournements, mais complique aussi la maintenance et la manutention. Les réacteurs au sel fondu demandent d’autre part une doctrine claire sur la vidange, le confinement, la chimie du combustible liquide et la récupération des matières après arrêt.

Sur le plan économique, la concurrence est vive. Les petits réacteurs modulaires à eau pressurisée, plus proches des technologies connues, cherchent déjà à obtenir leurs premiers marchés. Les projets rapides refroidis au sodium, les réacteurs à haute température et les concepts au plomb fondu occupent aussi le terrain. Face à eux, un réacteur au thorium imprimé en 3D doit démontrer un avantage net, coût de construction, sûreté passive, sobriété en combustible ou flexibilité industrielle.

Les grands acteurs du nucléaire, comme EDF, Orano ou Framatome, disposent d’un savoir-faire que les jeunes pousses ne peuvent pas reproduire seules. Un passage à l’échelle supposerait des partenariats, des essais partagés et un accès à des installations qualifiées. La crédibilité d’une start-up dépendra donc autant de son architecture technique que de sa capacité à s’insérer dans un écosystème industriel déjà fortement réglementé.

Le calendrier reste l’un des points les plus sensibles. Entre un concept présenté publiquement, une boucle d’essai non nucléaire, un prototype alimenté en matière fissile et une autorisation de construction, les étapes se comptent en années. Le retour d’une idée issue du CERN montre que certaines pistes anciennes retrouvent une actualité grâce aux outils de fabrication modernes, mais le verdict se jouera sur des données d’essais, pas sur le seul attrait d’une technologie élégante.

Questions fréquentes

Un réacteur au thorium imprimé en 3D est-il déjà exploitable ?
Non. À ce stade, il s’agit d’une approche de développement. L’impression 3D peut servir à produire certains composants ou prototypes, mais un réacteur nucléaire complet doit franchir des essais de sûreté, de matériaux, de combustible et de qualification réglementaire avant toute exploitation.
Pourquoi le CERN est-il associé aux réacteurs au thorium ?
Le CERN a été lié à des travaux sur des systèmes nucléaires avancés, notamment autour de concepts sous-critiques utilisant un flux de neutrons externe. Ces recherches ont contribué à populariser l’idée d’un cycle au thorium capable de produire de l’énergie avec une approche différente des réacteurs classiques à uranium.
Le thorium est-il plus sûr que l'uranium ?
Le thorium présente des avantages potentiels, dont un cycle différent et une production réduite de certains éléments transuraniens. Mais la sûreté dépend surtout de l’architecture du réacteur, des matériaux, du confinement, de l’exploitation et des procédures de contrôle. Aucun avantage théorique ne dispense d’une démonstration complète.
Rédacteur chez Nouvelle FR
Passionné par les avancées technologiques et les innovations dans le domaine des énergies nouvelles, je me spécialise dans la couverture des dernières tendances automobiles et des actualités brûlantes du quotidien. Mon expertise s'étend de l'analyse approfondie des technologies émergentes aux implications des nouvelles sources d'énergie, tout en gardant un œil critique sur les développements automobiles contemporains.
Mathias Novel
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